« Un soir, en 1949, après avoir lu un article sur les infirmes dans le journal, je décide d’envoyer un communiqué aux journaux demandant aux infirmes des deux sexes qui voulaient se grouper, de venir chez-moi et ce fut le début de la Société.
…Je n’ai pas besoin de vous dire que ce ne fut pas chose facile de faire comprendre mon idée. J’ai réussi à grouper 15 infirmes en majorité du sexe que l’on dit faible mais qui, dans des occasions, sont les plus fortes. Elles comptent moins sur les dollars immédiats et ont plus de patience pour attendre les réalisations futures. Avec ce petit groupe, nous avons élu un exécutif et nous nous rencontrons chaque dimanche chez-moi pour travailler à l’exécution de notre programme… »
Dans le même discours, le fondateur de ce qui allait devenir le Carrefour familial des personnes handicapées, témoigne de la mentalité des années cinquante : « …il y a un immense travail à faire car les infirmes (même) au sein de leur famille sont regardés comme des incapables. Il y a deux manières différentes de nuire à celui qui souffre d’un handicap : une est dictée par le cœur, on est porté à le traiter avec toutes sortes de petits soins, en lui disant qu’il ne peut pas faire ceci ou qu’il ne peut pas faire cela. L’autre manière qui se rencontre trop souvent est dictée par une indifférence totale…il est brutalisé par le père ou la mère et, pour prendre un dicton populaire, il est le bouffon de la famille. Ces deux méthodes sont mauvaises, quoiqu’en apparence l’une est moins cruelle que l’autre, donc il faut travailler au sein même de la famille afin de faire comprendre que l’infirme, avec son handicap physique, a une intelligence normale et, dans plusieurs cas, supérieure… »
Dans une précédente allocution, livrée devant la même Société (1952), M. Lorenzo Verret aborde la question de l’autonomie financière qu’il oppose à la charité publique : « Vous demandez pour une personne une pension de 40,00$, pour un infirme en principe c’est une bonne chose mais il faut réfléchir aux effets et conséquences d’une telle pension. Vous dites au ministre que les handicapées travaillent à un salaire moindre… hors… si un infirme travaille et donne le même rendement qu’une personne normale, il ne doit pas gagner un salaire moindre. Il ne faut pas prétendre que, pour cette raison, une personne aurait besoin d’une pension pour balancer son salaire… L’infirme en général ne veut pas de la charité parce qu’il lui manque un bras, une jambe ou qu’il a une déviation d’épine dorsale…
Je sais qu’un certain pourcentage de nos membres est dans l’impossibilité de faire un travail qui leur permette de gagner leur vie. Pour ceux-ci, il existe une loi d’assistance publique qu’il faut travailler à améliorer car, dans la paroisse de comté, cette loi est inefficace et là, il se rencontre beaucoup de misère.
Il ne faut pas penser d’abord aux quelques dollars que nous pourrions avoir immédiatement car le problème de l’infirme regarde aussi les générations futures et il ne faudrait pas qu’elles nous reprochent de leur avoir nui au lieu de leur avoir aidé… »
Le vocabulaire est d’époque certes mais, à n’en pas douter, les objectifs sont visionnaires.
Très tôt après sa création, la jeune Société s’active. Moins de six (6) mois après la première rencontre, la réhabilitation commence. « Tous les jeudis, les membres sont convoqués pour passer des examens. Les docteurs Jean Lemieux et Benoît Boucher procèdent aux examens, prescrivent les traitements nécessaires, procurent les appareils orthopédiques que nécessite leur état... » (Rapport annuel de M. Lorenzo Verret)
En deux (2) ans, soit de 1951 à 1953, la Société triple son membership, il passe de 200 à 600 membres. Les collaborations sont nombreuses : médecins, infirmières, congrégations religieuses, Conseil des œuvres, clubs sociaux … À mesure que les personnes handicapées prennent leur place dans l’espace public, le programme de l’organisme naissant devient plus ambitieux :
• réunir tous les infirmes de 16 ans et plus avec pour devise « Unis pour mieux s’entraider »
• travailler à l’amélioration physique des membres en les faisant examiner par des médecins compétents
• trouver les moyens de leur procurer les appareils orthopédiques nécessaires à leur état
• avoir une clinique où les membres pourront recevoir des traitements de physiothérapie
• aider les membres moralement en organisant des récréations car le moral est aussi important que la réhabilitation physique
• aider les membres à trouver, dans la mesure du possible, un emploi selon leur capacité.
Pour illustrer son histoire, Carrefour vous ouvre les pages de son album photo. Un album qui fait état des réalisations de l’organisme et de l’engagement des membres et supporteurs de Carrefour au fil des décennies.
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